1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 13:28

On parle beaucoup de la crise de la dette en Europe, à juste titre, tant la situation créée par des décennies de mauvaise gestion est inextricable. 

Quand on regarde ce genre de courbe (que j'ai photographiée dans l'excellent magazine Clés, cliquez sur l'image pour l'agrandir), on comprend mieux l'ampleur du problème.

IMG 2739

Il s'agit de la dette américaine, qui n'a jamais atteint un tel niveau en temps de paix. Le pic précédent correspond à la crise des années 30.

On voit que le total de l'endettement des ménages, des collectivités et de l'Etat atteignait 370% du PIB en 2009 (sans doute proche de 400% aujourd'hui). Cela signifie qu'il faudrait que tous les américains travaillent pendant 4 années sans dépenser un seul cent, pour rembourser les créanciers. 

Et puis, l'accélération de la courbe est affolante: le gouvernement américain, comme ceux des pays européens, emprunte de plus en plus pour payer les intérêts des emprunts précédents, et pour compenser la baisse des crédits aux particuliers, eux-mêmes étranglés par les dettes immobilières et autres.

 

La crise de l'endettement n'a rien à voir avec le libéralisme

Il est de bon ton dans les milieux dirigeants et dans les medias de mettre cette crise sur le dos du libéralisme. Et des banques. C'est tellement pratique pour se défausser de ses responsabilités...

La crise frappe aussi bien les pays relativement libéraux (comme les US) et les Etats plus collectivistes (comme la plupart des Etats européens). Tout le monde a cru qu'il était possible de s'endetter à l'infini: les particuliers se sont sur-endettés, et les Etats ont fait de même. 

Depuis 2008, la dette des Etats a fait un bond de 30% en moyenne. Cela fait suite dans beaucoup de pays à des décennies de mauvaise gestion. Rappelons que la France n'a jamais présenté un budget équilibré depuis 1974!

Il y a néammoins des exceptions, comme la Suisse qui a inventé la règle d'Or en 2002: l'obligation de présenter des budgets en équilibre. (La règle d'or sera en principe adoptée par tous les pays européens d'ici l'an prochain).

 

Un modèle politique à revoir

La Suisse pratique une démocratie très particulière: dans le pays de JJ Rousseau tous les partis participent ensemble au gouvernement, et les citoyens sont souvent appelés à trancher les débats par referendum d'initiative populaire. Ce système incite les partis à faire preuve de responsabilité.

Il en va bien autrement dans les pays comme la France, les Etats-Unis et autres. Les partis politiques y font assaut de démagogie. La principale préoccupation des élus, locaux ou nationaux, n'est absolument pas d'équilibrer les comptes publics. Elle est de se faire réélire. Et d'assurer une place bien au chaud aux amis et serviteurs. 

La démocratie se heurte ainsi à un défi: pour se faire réélire, les politiques passent leur vie à distribuer aux électeurs de l'argent qu'ils n'ont pas, et qu'ils doivent donc emprunter. Et au passage ils distribuent aussi de l'argent aux copains, au sein d'une sorte de nouvelle noblesse d'Etat qui vit sur la bête. 

A cela s'ajoute l'incompétence de nombreux élus, tels ceux qui se sont fait rouler par Dexia (une banque elle-même incroyablement mal gérée par les grands commis de l'Etat qui se sont succédés à sa tête jusqu'à la chute finale).

Aucune entreprise ne saurait survivre, si elle était aussi mal gérée que les Etats. Dans une entreprise, les actionnaires surveillent en permanence la gestion des dirigeants et les changent si nécessaire. Une démocratie ne fonctionne pas de la même manière: les électeurs ne donnent leur verdict que trop rarement. 

Il me semble que justement, pour que les choses aillent mieux, il faudrait que les électeurs aient beaucoup plus souvent leur mot à dire, au moyen du referendum d'initiative populaire. Et que les partis parviennent à dépasser leur fonctionnement clanique et démagogique, pour servir ensemble les intérêts des citoyens: mettre un terme à la spirale infernale de la hausse de la dette et des impôts avant que tout explose.

Mise à jour: Papandreou en annonçant son referendum a semé la panique sur les marchés financiers. C'est un saut dans l'inconnu ... mais avait-il vraiment le choix? l'accord européen de la semaine dernière, qui incluait l'annulation de 50% de la dette grecque, mettait en cause la survie du système de retraite et des banques du pays, détentrices de 70 milliards de dette. Au bout du chemin, se profile la sortie de l'euro ... au moins, si le referendum a bien lieu, les grecs prendront leur décision eux-mêmes!

Second mise à jour: pschitt ... plus de referendum! les grecs doivent vraiment penser que leurs dirigeants se foutent complètement de leur g ...

 

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Published by Pierre - dans politique
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commentaires

See Mee 01/11/2011


Si j'ai bien compris ce que j'ai lu ici et là, la dette n'est pas tant un problème de mauvaise gestion qu'un effet systémique. L'organisation de notre économie repose sur l'endettement, jusqu'à la
création monétaire. C'est plutôt le serpent qui se mort la queue.
Donc ne nous étonnons pas que les peuples de moins en moins soutenus par cette économie refusent de subir l'accroissement d'une dette qui profite essentiellement à ceux qui touchent les intérêts et
aux spéculateurs de tous poils.

Une lecture que je recommande, article de Stan Jourdan (qui se dit lui aussi libéral, je ne vous aurai pas sorti un gauchiste qui n'aurait eu aucune chance de vous convaincre) :
http://owni.fr/2011/08/29/pourquoi-il-ne-faut-pas-rembourser-la-dette-de-letat/

Mais d'accord avec vous pour réclamer de meilleurs outils démocratiques...


Guillaume 01/11/2011


Si on vient tous en Suisse, ça va être un sacré bordel :)


See Mee 01/11/2011


@Pierre : Je le sais bien. Mais maison de plus pour se mettre à réfléchir à de nouveaux modèles, en essayant d'être plus équitables et respectueux des intérêts du plus grand nombre.


Jerome 01/11/2011


Moi j'aimerais comprendre un truc. Pourquoi la BCE accepte de prêter de l'argent aux banques commerciales à des taux hyper bas (environ 1%) alors qu'elles sont à la limite de l'insolvabilité, et
que cette même BCE refuse de prêter à la Grèce.. qui doit se tourner vers les banques commerciales pour emprunter à 10, 15 ou 20% ? Pourquoi cette fonction régalienne (émettre de la monnaie) a été
privatisée en 1974 ? Au nom de quelle idéologie les Européens se sont ils interdits cette liberté que s'accordent les US avec leurs Quantitative Easings .. ?


La vraie question est de savoir qui doit supporter le coût de l'argent. Les travailleurs, au travers de taux d'intérêt réels positifs ? ou des rentiers, au travers de l'inflation ? Il y a deux
intérêts divergents et cela recoupe d'autres lignes de fracture entre jeunes et seniors, entre pays émergents et vieilles puissance déclinantes.


JeffRenault 01/11/2011


Bon billet qui rejoint celui-ci que j'avais redigé en rebond à cet autre de Merome.

Je ne partage pas ta vision qu'un État devrait répondre aux mêmes exigences de gestion qu'une entreprise. Il me semble en réalité qu'on ne le fait que trop. Une entreprise doit générer du profit.
Un État doit servir les citoyens. Il n'existe même que pour ça.

Tout le problème repose sur la création monétaire : on a privé l'État de ce pouvoir en considérant qu'il en abusait, notamment parce que les élus faisaient tourner indûment la planche à billets,
afin se satisfaire leur électorat et se faire réélire (système que tu décris très bien dans ton billet, et toujours à l'œuvre, même en temps de crise).

Alors, on s'est dit que le mieux était de confier ce pouvoir aux banques commerciales. On a évité ainsi les abus des élus... pour découvrir ceux des banques commerciales et de la spéculation
financière. On en voit aujourd'hui le résultat.

Alors que faire ? Oui, indéniablement, l'avènement d'une vraie démocratie avec une participation réelle et active des citoyens que nous sommes serait un atout considérable. Cette piste est
développée dans mon billet
et dans les commentaires.

Une autre piste est la mise en place du Revenu de Vie (ou revenu de base, d'existence, universel) tel qu'excellement décrit par @StanJourdan dans ce billet, et qui finalement ne confie le pouvoir
de la création monétaire ni à l'État ni aux banques, mais aux citoyens. En outre, étant par nature distributif, il exonéré du débat (toujours épineux) sur la redistribution (toujours imparfaite)
des ressources.

Cordialement


JeffRenault 01/11/2011


Bon billet qui rejoint celui-ci (http://wp.me/p1peJJ-5z) que j'avais rédigé en rebond à cet autre (http://shr.tn/tQPD) de Merome.

Je ne partage pas ta vision qu'un État devrait répondre aux mêmes exigences de gestion qu'une entreprise. Il me semble en réalité qu'on ne le fait que trop. Une entreprise doit générer du profit.
Un État doit servir les citoyens. Il n'existe même que pour ça.

Tout le problème repose sur la création monétaire : on a privé l'État de ce pouvoir en considérant qu'il en abusait, notamment parce que les élus faisaient tourner indûment la planche à billets,
afin se satisfaire leur électorat et se faire réélire (système que tu décris très bien dans ton billet, et toujours à l'œuvre, même en temps de crise).

Alors, on s'est dit que le mieux était de confier ce pouvoir aux banques commerciales. On a évité ainsi les abus des élus... pour découvrir ceux des banques commerciales et de la spéculation
financière. On en voit aujourd'hui le résultat.

Alors que faire ? Oui, indéniablement, l'avènement d'une vraie démocratie avec une participation réelle et active des citoyens que nous sommes serait un atout considérable. Cette piste est
développée dans mon billet et dans ses commentaires.

Une autre piste est la mise en place du Revenu de Vie (ou revenu de base, d'existence, universel) tel qu'excellement décrit par StanJourdan dans ce billet (http://shr.tn/sm7n), et qui finalement
permet de ne confier le pouvoir de la création monétaire ni à l'État ni aux banques, mais aux citoyens. En outre, étant par nature distributif, le Revenu de Vie exonère du débat (toujours épineux)
sur la redistribution (toujours imparfaite) des ressources.

Cordialement


Retaill & Co. 01/11/2011


"pour se faire réélire, les politiques passent leur vie à distribuer aux électeurs de l'argent qu'ils n'ont pas, et qu'ils doivent donc emprunter"

L'ignorance, et l'aveuglement maitre mots de la crise.

Nos élus ont le même comportement que la population : l'être et le paraitre et cela coute très cher.


Jerome 01/11/2011


Pour répondre à Pierre ..
- Si les banques devaient se financer sur les marchés, elles devraient payer un taux beaucoup plus élevé que celui accordé par la BCE. Pourquoi deux poids deux mesures ? Et pourquoi la BCE
n'accorde pas également un taux préférentiel à un état membre ? Je ne comprends pas ..
- Le spectre de Weimar permet effectivement au gouvernement Allemand de bloquer l'adoption d'un tel mécanisme en Europe. Mais on verra si ils auront d'autres options quand l'euro passera le cap des
2 dollars.
- Un déficit c'est le fruit de dépenses excessives ET de recettes insuffisantes. Je ne peux m'empêcher de mettre dos à dos les 35 heures d'Aubry ET la loi TEPA de Sarko. Quand les grandes
entreprises et les grandes familles auront un taux d'imposition comparable aux PME et aux classes moyennes, on aura enfin un système équitable.
- Et il me semble que Warren Buffet ne dit pas autre chose...


Dv 02/11/2011


La courbe est parlante, mais l'effet de base (à ~120%) a tendance à augmenter l'effet visuel du "problème".
Notons justement que la base est largement au dessus de 100% alors que les pays européens se sont donnés


PROceau 18/11/2011


Une des questions qui peut se posé est de savoir si ces etats fustigeant le liberalisme et interviennent à tour de bras pour déformer la libre régulation des marchers n'ont pas une dépendance à
l'inflation par la planche à billet (comme un drogué à besoin de sa dose).
Car d'une certaine manière l'inflation monetaire est une flat taxe que seul cette état providence ne paie pas.


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