Les minarets: en parler ou pas? la polémique est telle que je n'ai surtout pas envie de prendre partie. Moi qui connais bien la Suisse, pour y avoir vécu quelques années, je veux juste vous dire que le résultat de cette votation (referendum d'initiative populaire) ne me surprend pas. Tous les medias et tous les partis politiques, sauf le PDC l'UDC, équivalent local des Lepenistes (en plus soft), appelaient à voter non. Mais la Suisse "profonde" a pourtant voté oui à l'interdiction des minarets. Et ça ne me surprend pas. 

La Suisse est un pays fier, les gens y plantent le drapeau dans leur jardin, comme le font les américains. L'école y inculque le respect des autres et les règles de vie en société. La fête nationale, et cantonale (l'escalade qui commémore à Genève la victoire sur les savoyards) sont de vraies fêtes populaires, pas des défilés militaires. C'est un pays qui intègre très bien toutes sortes d'immigrés, de réfugiés, et il sont nombreux depuis Voltaire et Rousseau fuyant la France absolutiste. Mais depuis la dernière vague, importante, des Kosovars (musulmans) réfugiés de Yougoslavie, le climat s'est tendu, avec eux sont aussi arrivées des mafias. Les problèmes liés aux kosovars sont quotidiennement dans les journaux. Comme pour aggraver le malaise, Kadhafi, le dictateur lybien, prend en otages deux hommes d'affaires suisses innocents, pendant un an, pour punir les juges suisses qui ont condamné son fils, coupable de tortures sur ses domestiques à Genève. Ambiance ...

C'est dans ce contexte qu'il faut juger le referendum d'initiative populaire pour l'interdiction des minarets.

Les élites ont voté non, les medias ont voté non.

Mais la majorité des électeurs a voté oui. Oui à l'interdiction d'un symbole, le minaret, qui a servi d'abcès de fixation.

La polémique sur les minarets en Suisse, c'est comme la controverse autour de la burqua en France. Il s'agit avant tout de symboles identitaires. La liberté de religion n'est pas en cause, ce qui est en cause, c'est comment dirais-je, le mot m'échappe: l'identité nationale. La Suisse a peur de perdre son âme. Peur de ne pas réussir à intégrer ces musulmans de plus en plus visibles. Rien ne sert d'ignorer le problème en critiquant comme le font certains le système de referendum d'initiative populaire, privilège des suisses qui votent régulièrement sur toutes sortes de sujets: car au-delà des minarets, la votation suisse a le mérite de remettre au centre des débats la question de l'intégration ... une question dont on a pas fini de discuter en Suisse comme en France.

En France, d'ailleurs, Sarkozy avait promis d'adopter un système de referendum d'initiative populaire, inspiré du système suisse mais plus étroitement contrôlé, sans doute pour éviter les questions dérangeantes. Il y a peu de semaines, c'était la gauche qui voulait son vote sur La Poste ... tout cela est-il encore d'actualité? ou bien le "scandale" du vote sur les minarets en suisse sera-t-il l'occasion d'enterrer le referendum d'initiative populaire à la française?

PS: Genève, isolé, a voté à l'opposé du reste du pays, comme Paris lors du referendum sur l'Europe.

PS2: Certains expliquent que le vote est contraire aux engagements internationaux de la Suisse. Comme souvent les commentaires sont aussi intéressants que l'article.

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Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /Déc /2009 12:16
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