Mise à jour Jeudi 25 mars: Face à l'ampleur des réactions, Le Figaro a annulé la procèdure de licenciement. C'est mieux comme ça.
Au début, j'avoue que je n'ai pas pris l'affaire Eric Zemmour très au sérieux. Pas davantage en tout cas que la dernière sortie de Stéphane Guillon contre Eric Besson.
Je me disais que passées les réactions un peu outrées de certains, ça allait se calmer. La Licra et quelques autres intentent un procès, bon après tout pourquoi pas, c'est leur droit, la justice jugera. Mais ensuite le CSA s'en mêle et "met en demeure" Canal Plus pour avoir diffusé les propos de Zemmour.
Et voila que Le Figaro, l'employeur d'Eric Zemmour envisage une procédure de licenciement! l'éditorialiste est convoqué Lundi par Etienne Mougeotte.
Comme le dit Nicolas sur Partageons
mon avis (qui pourtant n'aime pas Zemmour), c'est la liberté
d'expression qui prend une grande claque.
Je sais que cela ne plaira pas à tout le monde, mais disons-le clairement: je soutiens Eric Zemmour contre ceux qui veulent le faire taire.
Je suis abonné au Figaro, ainsi qu'à d'autres journaux. M Mougeotte, sachez que j'aurai le regret de résilier
mon abonnement si Eric Zemmour est licencié.
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Je vous copie ici une bonne partie d'un billet de Philippe Bilger, avocat général à la cour d'assises de Paris, dont je partage le point de vue, puis la réponse d'Eric Zemmour à la Licra.
(Billet de Philippe Bilger, extrait)Si Eric Zemmour n'existait pas, il faudrait l'inventer, il manquerait
chaque jour à notre univers médiatique.
Il a encore frappé et, comme il
l'espérait sans doute, des foudres judiciaires sont annoncées et on a
même saisi, couronnement suprême, le Conseil supérieur de l'audiovisuel
(CSA) de son cas.
Dans deux émissions : Salut les terriens
sur Canal + et L'Hebdo sur France O, Eric Zemmour a soutenu que "les
français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce
que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes. C'est un fait"
(nouvelobs.com).
Levée de boucliers. Indignation. Morale
brandie. Quelle honte ! Consensus de la dénonciation. En réalité, du
vent.
En effet, je propose à un citoyen de
bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois
criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce
"fait", la justesse de cette intuition qui, aujourd'hui, confirment un
mouvement né il y a quelques années. Tous les noirs et tous les arabes
ne sont pas des trafiquants mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et
arabes. Je précise car rien dans ce domaine n'est inutile : qu'il y ait
aussi des "trafiquants" ni noirs ni arabes est une évidence et ne me
rend pas plus complaisant à leur égard. Il n'est point besoin d'aller
chercher des consolations dans les statistiques officielles dont la
finalité presque exclusive est de masquer ce qui crève les yeux et
l'esprit si on accepte de regarder.
Je regrette qu'Alain Jakubowicz,
président de la Licra et personnalité de valeur, ait décidé de
poursuivre pour ces propos Eric Zemmour et qu'il ait ajouté que ce
dernier avait franchi "un cran". Je regrette que Rachid Arhab, du CSA,
se soit égaré en répliquant à Eric Zemmour qu'il était "arabe, pas
trafiquant mais au CSA", comme si ce dernier avait été assez stupide
pour généraliser absurdement sa perception. Nous sommes tous très
heureux que Rachid Arhab soit au CSA mais précisément parce qu'il n'est
jamais tombé dans les travers dénoncés par Zemmour.
La Licra, le MRAP et, avec retard, le
CRAN ont invité le CSA à réfléchir sur les "dérapages" d'Eric Zemmour,
comme si d'une part ceux-ci méritaient d'être qualifiés ainsi et que
d'autre part un éventuel avertissement à Eric Zemmour pouvait avoir un
autre effet que d'amplifier le caractère infiniment "porteur" du soufre
relatif distillé à intervalles réguliers par ce polémiste.
En réalité - et ce n'est pas la première
fois -, personne n'a pris la peine d'examiner le fond du propos.
L'indignation quasi unanime n'a donc pas été suscitée par la teneur de
l'appréciation ni son éventuelle vérité ou fausseté mais par le simple
fait qu'Eric Zemmour avait OSE DIRE cela.
(...)
(Réponse de Zemmour à la LICRA)Monsieur le Président,
Je fais suite à notre rencontre à
l’instigation de mon avocat, Olivier PARDO. Cette rencontre nous a
permis de nous rendre compte qu’il y avait bien eu un malentendu et une
confusion non seulement dans la reprise de mes propos par les médias,
mais également dans l’analyse qui a pu ensuite en être faite et qui a
conduit à ce déchainement médiatique à mon encontre.
En effet,
je n’ai jamais dit contrairement à ce qui a pu être colporté dans les
médias que «tous les délinquants sont Arabes et noirs», mais que «la
plupart des délinquants sont Arabes et noirs.»
Ma volonté n’a
jamais été de stigmatiser « les noirs ou les arabes » comme des
délinquants, mais si cette phrase, sortie de tout contexte, a pu
heurter, je le regrette.
La mise en scène tout de gouaille
cynique d’un Ardisson sur Canal +, qui prévient d’avance par un panneau
comme dans les dessins animés de Tex Avery : «Attention, Zemmour
dérape», et qui mime un effarement scandalisé d’autant plus surjoué
qu’il est enregistré et inséré a posteriori, tandis que pendant
l’émission, il avait pris un air patelin, pour me glisser à l’oreille : «tu
as un rôle très important dans la société de dire les vérités qui
dérangent...Ne t’inquiète pas, je te protégerai au montage...» Car
si mes propos étaient si infâmes à ses yeux, que ne les a-t-il coupés au
montage ?
D’autres sont allés plus loin. J’aurais déclaré : «tous
les Arabes et noirs sont délinquants.» C’est ainsi que l’a pris -
ou a voulu le comprendre- un membre éminent du CSA, Rachid Arhab, qui a
rétorqué à la cantonade : «on peut être Arabe et membre du CSA».
Mais était-ce le sujet ? Des journalistes m’ont même demandé si j’avais
voulu dire qu’ils «étaient délinquants parce qu’arabes et noirs».
Et ils se sont étonnés que je refuse de leur répondre.
Je n’ai
bien entendu pas voulu dire tout cela. Je connais trop la souffrance
réelle de mes compatriotes «Arabes et noirs», honnêtes travailleurs,
parents intègres, qui se sentent «salis» par les exactions des bandes de
jeunes gens qui ont la même origine qu’eux. Je le sais d’autant mieux
qu’avec mon patronyme, je me souviens du temps pas si lointain - les
années 70- où une bande de truands célèbres - les frères Zemour -
défrayaient la chronique criminelle, la honte dans les yeux de mon
grand-père; et accessoirement, l’attente interminable dans les aéroports
pour la vérification vétilleuse - et sans ordinateur- de mon identité.
Mon grand-père souffrait en silence pour «son nom traîné dans la boue»,
mais il n’a jamais prétendu que nos homonymes n’étaient pas des brigands
de grand chemin !
On a volontairement oublié que ma désormais
fameuse phrase n’était qu’une réponse aux arguments développés par les
autres intervenants selon laquelle «la police n’arrête que les
Arabes et noirs». Cette double «stigmatisation» - et de la police
républicaine - et des «Arabes et noirs» ne choque personne. Les «Arabes
et noirs» peuvent être distingués du reste «de la communauté nationale»
s’ils sont héros ( le livre de Thuram exaltant les héros noirs) ou
victimes. Dans tous les autres cas, il est infâme de les distinguer.
Cette injonction universaliste conviendrait assez bien à mon tempérament
assimilationniste. J’ai tendance à ne voir dans tous les Français que
des enfants de la patrie, sans distinction de race ni de religion, comme
dit le préambule de notre Constitution.
Mais voilà que l’on me
reproche aussi cette position, que l’on juge désuète, très IIIème
République, exhalant un fumet néo-colonialiste. Au nom du droit à la
différence, de la modernité, on doit pouvoir exalter ses racines et
l’enrichissement d’une société multiculturelle. Mais quand vous avez
l’outrecuidance de montrer l’envers de ce décor riant, on redevient
furieusement universaliste !
J’ai eu le malheur d’ajouter :
c’est un fait ! J’aurais sans doute dû ajouter «malheureusement». Je ne
me réjouis ni pour eux ni pour la société française; mais l’autruche
n’est pas mon modèle. On me rétorque un peu facilement qu’il n’y a pas
de statistiques ethniques pour prouver mes dires. Pourtant, devant une
commission parlementaire du Sénat, Christian Delorme, surnommé «le curé
des Minguettes», ne déclarait il pas : « en France, nous ne
parvenons pas à dire certaines choses parfois pour des raisons louables.
Il en est ainsi de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration
qui a longtemps été niée, sous prétexte de ne pas stigmatiser. On a
attendu que la réalité des quartiers, des commissariats, des tribunaux,
des prisons, impose l’évidence de cette surreprésentation pour la
reconnaître publiquement. Et encore, les politiques ne savent pas encore
en parler.»
Il y a quelques années, une enquête commandée
par le ministère de la justice, pour évaluer le nombre d’imans
nécessaires, évaluait le pourcentage de «musulmans dans les prisons»
entre 70 et 80%. En 2004, l’islamologue Farhad Khosrokhavar, dans un
livre «L’islam dans les prisons ( Balland) confirmait ce chiffre. En
2007, dans un article du Point, qui avait eu accès aux
synthèses de la Direction Centrale de la Sécurité Publique ( DCSP) et de
la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) on évaluait entre
60 et 70% des suspects répertoriés issus de l’immigration. Il y a près
de dix ans, la commissaire Lucienne Bui Trong, chargée des violences
urbaines à la direction centrale des RG relevait que 85% de leurs
auteurs sont d’origine maghrébine. Dans un article du Monde, du 16 mars
2010, les rapports des RG sur les bandes violentes, établissaient que
87% étaient de nationalité française; 67% d’origine maghrébine et 17%
d’origine africaine. La «plupart» est donc, au regard de ces chiffres,
le mot qui convient.
Mes contempteurs pourraient d’ailleurs me
rétorquer que ces chiffres prouvent bien que les personnes issues de
l’immigration sont défavorisées, puisque depuis Victor Hugo, on sait
bien que c’est la misère qui crée la délinquance. On pourrait aussi
rappeler que dans tous les pays d’immigration, les derniers arrivés
donnent souvent les gros effectifs à la délinquance - Irlandais dans
l’Amérique du XIXème siècle, Marocains dans l’Israël des années 50,
Russes aujourd’hui. Ces arguments ne sont d’ailleurs pas sans fondement,
mais on ne me les présente nullement. On exige seulement que je me
taise.
On me reproche aussi de contester le principe de
«discrimination». Mais je continue de penser que le concept même de
«discrimination» est dangereux, qu’il pousse à la délation et
l’irresponsabilité. Depuis quand n’a-t-on plus le droit en France de
contester le bien fondé d’une loi ? Cette question des discriminations
est potentiellement explosive dans un pays égalitaire comme la France.
Quand certains grands patrons déclarent qu’ils n’embaucheront plus
désormais que «des gens issus de l’immigration, et en tout cas pas
des mâles blancs», c’est aussi une discrimination, mais personne ne
s’en soucie. C’est pour éviter ces querelles sans fin que j’explique
que « la discrimination, c’est la vie », c’est à dire la liberté de
choix. Il faut traiter les problèmes réels autrement. En tout cas, on
peut en débattre dans un pays libre.
Il existe aujourd’hui une
ambiance délétère dans le débat démocratique français. Le pays de
Voltaire :« je ne suis pas d’accord avec vous mais je me battrai
pour que vous puisiez le dire » devient le pays de Torquemada qui
tue l’hérétique pour sauver son âme. Pourquoi les journalistes qui
prétendent faire un portrait de moi, s’empressent ils de demander à mes
employeurs s’ils me garderont leur confiance ? Il y a aujourd’hui en
France une ambiance maccarthyste qui réclame «l’interdiction
professionnelle» comme exutoire des dérapages. C’est ma mort sociale qui
est réclamée.
Notre rencontre a eu le mérite d’ouvrir un
dialogue qui je l’espère pourra se prolonger, hors de l’enceinte d’un
tribunal.
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à
l’assurance de mes sentiments distingués.
Eric ZEMMOUR
Les commentaires récents