J'ai été invité par BFM à un débat avec Jean-Noel Jeanneney le 15 Juin à l'occasion de la fête de l'Internet. Malheureusement le même jour je dois participer à Genève
à une réunion du chapître alpin d'une association d'entrepreneurs à laquelle j'appartiens (
www.YPO.org).
Dommage, j'aurais volontiers fait part de mon scepticisme sur les déclarations répétées de JN Jeanneney, Président de la Biblothèque Nationale de France
(BNF), au sujet du 'moteur de recherche européen' qu'il appelle de ses voeux.
Lorsque j'ai lu les premières déclarations de JN Jeanneney sur le sujet dans Le Monde, je dois vous dire que
j'ai carrement éclaté de rire tant le propos me paraissait décalé par rapport aux réalités de l'Internet. Ce monsieur annonçait carrément qu'il allait, avec le soutien des pouvoirs publics,
construire un moteur de recherche capable de concurrencer Google.
L'origine de cette affaire c'est le projet Google Print: Google a proposé aux principales bibliothèques mondiales de numériser les livres pour en rendre le contenu accessible via son moteur de
recherche. Les principales bibliothèques anglo-saxonnes ont adhéré au projet avec enthousisame: Harvard, Stanford, Oxford...mais voilà que la BNF et Jean-Noel Jeanneney, loin d'accueillir l'idée
favorablement, crient à l'hégémonie culturelle américaine et annoncent vouloir créer un système concurrent. Oui, vous avez bien lu: il s'agit non seulement de numériser les livres français
indépendamment de Google, mais de créer de toutes pièces un moteur de recherche concurrent, qui indexera les bouquins français mieux que ces américains suspectés par nos dirigeants et grands
experts d'Internet d'avoir un biais américain dans leurs algorythmes parce qu'ils sont écrits par des américains.
Depuis le premier article du Monde, le Président français - dont la réputation de connaisseur de l'informatique n'est plus à faire - a repris l'idée,
embarqué le chancelier allemand dans l'aventure et annoncé des fonds publics...on en est déja à 32 millions d'euros toujours selon Le Monde qui poursuit
son lobbying actif en faveur de ce projet (encore dans l'édition d'hier).
J'aurais donc volontiers posé la question suivante à JN Jeanneney: combien lui et ses amis sont-ils prêts à dépenser avant de revenir sur terre? 32
millions d'euros, c'est beaucoup d'argent, mais Google n'est pas seulement le moteur de recherche préféré de centaines de millions d'internautes. C'est une société qui génère des profits
considérables et ses investissement se comptent en milliards de dollars! Jean-Noel Jeanneney croit-il sérieusement, et Le Monde avec lui, que quelques
dizaines de millions d'euros vont suffire pour construire un moteur meilleur que Google, car s'il n'est pas meilleur -et pas seulement pour les recherches
littéraires mais pour toutes les recherches- évidemment les internautes ne l'utiliseront pas...
Il est d'ores et déja clair, à mon avis, que les pouvoirs publics français et européens n'ont ni les moyens ni l'intention d'investir les centaines de millions d'euros qui seraient éventuellement
nécessaires pour donner un début de réalité au projet. Cela sans aucune garantie de succès car l'histoire des investissements publics dans la technologie montre amplement l'incapacité des
administrations à concurrencer des sociétés privées, plus réactives, plus innovantes, plus motivées. Le gouffre financier qu'a été Bull devrait rendre les énarques plus prudents dans la
dilapidation de l'argent des contribuables français!
S'il y a un jour un moteur de recherche européen, capable de convaincre les internautes d'abandonner Google, il sera créé par des inventeurs de génie au sein d'une société privée, certainement
pas au sein d'une administration.
Alors Monsieur Jeanneney utilisez l'argent public pour numériser les livres (en mode texte indexable, pas en mode image svp) et non pour financer je ne sais quels développements sans queue ni
tête.
...et si Google n'est pas assez coopératif pour indexer convenablement les livres en français, son concurrent Yahoo que je connais bien devrait être heureux de le faire pour offrir aux
internautes français un meilleur service que son concurrent. Je suis sûr que mon ami Dominique Vidal qui dirige Yahoo Europe sera ravi d'en discuter avec vous.
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Mardi 31 mai 2005
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